Parler vrai dans l'entreprise

Le parler-vrai a-t-il sa place dans l’entreprise ?

Temps de lecture : 3 minutes

A voir le nombre de « yes-(wo)men » (beni oui oui en ancien français) qui hantent le monde de l’entreprise force est de se poser la question de savoir si elle est un lieu propice « au parler-vrai ». La parrêsia de Foucault (Michel, pas Jean Pierre…) peine à y prendre sa place.

L’air ambiant a beau être au « parlez-moi franchement », le « dire vrai » expose le plus souvent celle ou celui qui le pratique à passer pour « une grande gueule ». Et exhorter les troupes à sortir du cadre pour soutenir un discours hors de la doxa relève souvent de l’incantation. La réalité quotidienne, celle du management intermédiaire, comme celle du « top management » est souvent toute autre.

La transparence : une double contrainte

Difficile pour le premier de provoquer un discours de vérité alors que le discours dogmatique et formaté est souvent son principal point d’ancrage, le fondement même de l’autorité que l’Entreprise lui délègue. Sécurisante chaîne hiérarchique dans laquelle un maillon fort ne servirait à rien d’autre qu’à mettre en exergue la faiblesse des autres.

Compliqué pour le second d’accepter et d’entendre le parler vrai. Le risque est sans doute trop grand de voir mettre à nu des pseudo savoirs, des discours de pouvoirs déguisés en discours de vérité. Et accepter, pour le top management, une telle remise en cause supposerait une très forte sécurité ontologique. Or l’entreprise n’en est peut être pas le lieu. Qu’elle ne le puisse ou ne le veuille pas.

Ainsi donc, faute d’offrir un cadre sécurisant fort, l’Entreprise en viendra par nature à condamner la parrêsia. Et à continuer à proclamer tout haut : « Exprimez-vous franchement ! » en pensant tout bas « mais dites moi ce que je veux (je peux) entendre ».

Enfin et en guise de conclusion, un extrait d’un des derniers cours de Michel Foucault au collège de France :

« Si Socrate refuse de faire de la politique et devient la figure emblématique d’une parrêsia exclusivement éthique, c’est, paradoxalement, pour être utile à la Cité. En sauvegardant la tâche qui lui a été confiée, à savoir ce dire-vrai courageux il vise à transformer la manière de vivre de son interlocuteur afin qu’il apprenne à se soucier correctement de lui-même. »

Une des forces du manager de transition va être sa capacité à générer ce parler-vrai salvateur. Il n’a ni passé ni avenir, ni carrière à faire dans l’entreprise. De facto il s’inscrit dans un présent de nature à libérer la parole de collaborateurs dont il ne sera jamais le N+1 sur le long terme.

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